[reflexion] Photo de rue, et photo dans la rue.

Parfois, ça fait du bien de se balader un peu.
En ce moment j'essaye de comprendre le phénomène "street photography", et je n'y arrive pas complètement...

Tu vas me dire : "C'est facile, il suffit de photographier un clochard ou un mec qui traverse un passage piéton, et de bourrinner un traitement noir et blanc à la Daido Moriyama !".
Et c'est vrai : quand on cherche des exemples de "street photography", on tombe très souvent sur ces deux poncifs : la misère, et les gens qui traversent la rue... Et sur un traitement : le noir et blanc très contrasté.

Alors quoi, je m'arrête là ?
Non, je cherche un peu plus loin. Tu m'as donc dit : passage piéton et clodo. A ça je peux rajouter "livreur", "commerçant" et "usager des transports en communs endormi"... Donc l'idée de la photo de rue, c'est de photographier des gens qui soit : 
-n'en n'ont rien à foutre d'être pris en photo.
-ne se rendent pas compte qu'ils sont les sujets d'une image.
-n'ont pas le temps d'interrompre leur occupation pour te mettre un pain dans la gueule.
Dis-donc, ça serait pas super courageux comme pratique ?
Tu trouves que j'en rajoute ? C'est vrai que je n'ai pas parlé des rue bondées et des jolies filles de dos dont on ne voit pas les épaules (je te laisse réfléchir aux choix de cadrages qu'il reste...)

Certains photographes nous proposent un peu plus, parfois une vrai histoire racontée par une image, parfois un élément ou une ambiance que le seul regard du photographe peut rendre exceptionnel.
Mais ça, c'est réservé à un nombre très restreint d'élus, qui ont compris un truc (que j'espère bien comprendre un jour). Des gens qui ne se contentent pas d'une "belle image" avec un "beau traitement", mais qui cherchent vraiment à témoigner, à rendre compte.

La vrai question que je me pose, c'est pourquoi autant de gens s'auto-proclament "street-photographers", est-ce que le fait de faire des photos dans la rue fera de moi un photographe de rue ? Je ne pense pas, en fait je suis sûr que non. 
Alors quand je vois un flot continu d'images sans intérêt narratif, avec un vague intérêt esthétique parfois lié au traitement, qui sont les 3% les meilleurs (ah oui, le "street photographer" fait des centaines d'images, et trie ensuite) de ce que peuvent faire des milliers de petits hipsters avec le matos que leur a offert leur gentille tata, je commence à craindre que cette pratique que je croyais noble devienne vraiment aussi caricaturale que ce que je décrivais plus haut (si, relis, c'était caricatural en fait...).

Heureusement surnagent dans tout ça quelques perles, produites par de grands photographes ou par de parfaits anonymes, qui permettent d'avoir quand même la sensation de ne pas avoir perdu son temps à chercher quand on tombe dessus.

Et moi dans tout ça ( ha oui, parce qu'en fait je veux te parler de moi, encore.).
Moi je pense que je resterai un mauvais "street photographer" tant que  je n'arriverai pas à aborder une balade en ville comme un reportage sur le vif. Les photographes que j'admire sont les reporters, les photographes de rue que j'admire sont les reporters qui font de la photo dans la rue, avec la même émotion, le même sens du cadrage et du point de vue.

Alors oui, je fais des photos dans la rue, et parfois même certains clichés qui pourraient être considérés comme des photos "de rue".
Celui-ci par exemple :



Des gens qui marchent, un traitement noir et blanc sur-contrasté... Mais l'intention est strictement graphique. Je n'ai inclus les personnages que pour donner un peu de vie et une direction contraire à celle donnée par l'ombre de l'arbre. Ils n'ont pas de gros intérêt narratif même si dans 30 ans, si la mode vestimentaire a beaucoup changé il permettront peut être de replacer l'image dans un contexte historique. Ça n'est donc pas une "street-photography", c'est une photo de détail (l'ombre de l'arbre sur la façade.).

Dans les exemples qui suivent c'est encore pire :



Là les personnages ne servent qu'à donner un effet d'échelle par rapport au décors. On est dans des photos qui si elles devaient être classées le seraient dans la rubrique "paysage". Et j'utilise pour les deux le même "truc" : je recadre l'image avec une zone sombre et j'attend que le passant se trouve à l'endroit que j'ai estimé le meilleur pour mettre en valeur mon paysage.

Encore autre chose dans les images qui suivent :



 Là je choisis un point de vue et un cadrage qui rendent abstraites les scènes photoraphiées. Le personnage sur la deuxième image est un cadeau bonus qui a tout de même l'intérêt de ramener une silhouette clairement identifiable dans un décors qu'on a du mal à reconstituer et qui permet du coup de s'arrêter un peu plus longtemps dans l'image. Dans la première c'est le sommet de la tour qui joue ce rôle (seulement pour les lyonnais, pour les autres, tant pis).
Avec ces images je te fais une proposition graphique pure : peu importe quel est le sujet, ce qui compte c'est la globalité de l'image, et le point d'accroche n'est qu'un faire-valoir pour cette composition.

Et si je fouille dans mes archives, ces trois types d'exemples sont ceux qui reviennent le plus : analytique (détails), paysagiste, ou graphique. Je n'ai pas grand chose qui pourrait ressembler à l'idée qu'on se fait de "street photography", ça n'est peut-être pas pour moi.

Alors je vais continuer à épier le travail des photographes qui me plaisent, en espérant en découvrir beaucoup d'autres et finir par me défaire de l'idée que la "street-photo" est devenue un squat de hipsters qui cherchent le grand frisson en photographiant des victimes sans défenses dans les quartiers bobos de leurs cités. Et dans une certaine mesure je vais essayer de ne pas moi-même me glisser dans ce milieu. Si ça arrive je compte sur toit pour bien te foutre de ma gueule !

Et surtout, je vais continuer ma pratique de la photo "dans la rue", ça me plait quand même pas mal.

Salut, et bonne fin d'année.

PS :
Si tu ne sais pas qui est Daido Moriyama, il est toujours temps de te cultiver : là, par exemple.

[théorie] Le temps d'exposition.

Ça fait déjà un petit moment que je t'ai dit : "Voilà, c'est tout pour cette fois, la prochaine fois je m'attarderai sur l'effet du temps d'obturation, de l'ouverture et de la sensibilité ISO sur l'image finale, parce que ça ne change pas seulement l'exposition...".

Alors du coup, je vais commencer. Parlons du temps d'exposition.

"C'est quoi le temps d'exposition ?"
Le temps d'exposition, parfois appelé "vitesse" (pour "vitesse d'obturation"), est le temps pendant lequel la surface sensible de ton appareil photo va recevoir de la lumière pour prendre un cliché.
Plus le temps d'exposition est long, plus il y aura de lumière sur l'image finale : Un temps d'exposition trop court entrainera une image sous-exposée, alors qu'un temps d'exposition trop long produira une image sur-exposée.

Jusque là tout va bien ?


"Hé !? Comment on fait pour le régler ?"
Il y a plusieurs solutions en fonction du mode que tu utilises sur ton appareil photo.
     -en mode manuel : tu as un bouton ou une molette pour le régler. Avec certains appareils tu as même l'aperçu en direct à l'écran de ce que donnera la photo, ou alors un histogramme qui t'indiquera si l'image sera trop claire ou trop sombre avec le réglage que tu utilises.
     -en mode priorité ouverture : tu as un bouton ou une molette pour régler l'ouverture du diaphragme (l'un des autres paramètres qui influence l'exposition), l'appareil s'occupe de la vitesse. Donc si tu veux régler le temps d'expositions, il faudra changer le réglage d'ouverture jusqu'à ce que ton temps d'exposition te convienne : si le temps d'expo affiché est trop long, il faut ouvrir le diaphragme (on réduit la valeur du nombre "f"), et si le temps est trop court, il faut fermer le diaphragme (alors tu fais quoi avec le nombre "f" ?). Là encore, sur beaucoup d'appareils tu as un aperçu de l'image ou un histogramme pour t'aider.
     -en mode priorité vitesse : tu as un bouton pour régler le temps d'exposition, le diaphragme s'ouvre ou se ferme tout seul. Et c'est la même histoire pour l'histogramme et blablabla.
     -en mode automatique, ben c'est automatique...

Et dans tous les modes, tu peux outrepasser la proposition de l'appareil en modifiant la sensibilité ISO : le diaphragme est bien réglé, le temps d'exposition aussi, mais l'image est trop sombre : tu montes la sensibilité ISO. L'inverse marche aussi. Il faut toutefois te méfier des très hautes sensibilités ISO, qui dégradent grandement la qualité des images.

"Et à part ça, ça change quoi ?"
La luminosité de l'image est l'un des trois effets liés au temps d'exposition. les deux autres étant :
-la netteté ou le flou des sujets mobiles.
-la netteté ou le flou des sujets fixes.

"les sujets mobiles ?"
C'est malin, aujourd'hui tu as décidé de photographier un cheval en train de sauter une barrière. Et comme tu veux toujours faire ton intéressant, tu as décidé qu'il devrait être parfaitement net...
Alors comment tu fais ? Et bien tu choisis un temps d'exposition assez court pour que le mouvement soit figé.

Dans l'exemple qui suit, on a une pose de 1/5000sec, ce qui est très largement suffisant pour figer n'importe quel mouvement, ou presque. 



J'aurai pu rallonger un peu le temps d'exposition sans prendre trop de risques, 1/2500 sec pour ce genre de mouvement est largement suffisant.

Maintenant tu veux montrer le mouvement sur ta jolie photo de rivière ? Alors il te faut un temps d'exposition suffisamment long pour laisser les éléments mobiles se déplacer pendant que la lumière impacte la surface sensible.

Pour l'image suivante le temps d'exposition est de 1/15sec.



L'effet ici est efficace pour montrer la vivacité du torrent. En allongeant encore le temps d'exposition, tu perds cet effet de vitesse pour un effet vaporeux, comme sur ces images par exemples, qui ont demandé des poses de plusieurs secondes :




On peut se servir de ce réglage pour différents effets. Sur l'image suivante je m'en suis servi pour rendre flous les personnes qui déambulaient :





Pour celle ci je m'en suis servi pour montrer que le train était en mouvement :



"Et pour les sujets fixes, ça change quoi ?"

Souvent c'est l'accident qui va modifier l'aspect des sujets fixes : le temps d'exposition est très long, et tu vas bouger pendant la prise de vue, il en résultera une image qui sera floue. On appelle ça communément un "flou de bougé". 

Tu pourras néanmoins te servir de cet effet pour montrer la vitesse de ton sujet : il s'agit de suivre ton sujet, mettons un cycliste du tour de france, et de continuer à bouger l'appareil dans le sens du mouvement durant un temps d'exposition suffisamment long. Il en résultera une image sur laquelle le sujet sera net, et l'arrière plan flou. Je n'ai pas d'exemple personnels à te montrer, mais si tu tapes "photographie filé" dans un moteur de recherche, tu verras de quoi je parle. 

"Et c'est tout ?"

Non, il y a d'autres usages : certains lancent leur appareil photo en l'air pendant le temps de pose, d'autres s'amusent à zoomer pendant celui-ci, les effets seront alors durs à maitriser mais peuvent donner des résultats pparfois intéressants.

Tu peux aussi jouer avec ton flash pendant le temps d'exposition. L'usage courant, c'est de programmer l'appareil pour que le flash se déclenche à la fin du temps d'exposition, pour figer la fin d'un mouvement : L'ensemble de ce mouvement sera alors flou, et l'éclair du flash permettra une image parfaitement nette du dernier instant. C'est assez souvent utilisé pour des photos de sport, pour les photos d'ambiances festives etc... Le réglage du flash pour ce genre d'effet s'appelle "synchronisation lente second rideau" ou "rear". On peut aussi synchroniser le flash sur le "premier rideau" ("slow"), et celui ci se déclenchera au début du temps d'exposition.
Sur l'image suivante, j'ai encore plus déconné que dans le paragraphe précédent : j'ai programmé une pose de 30 secondes, et ai demandé à mon modèle de se déplacer et de se balancer un coup de flash dans la gueule de temps en temps à l'aide d'un flash externe. L'effet "fantôme" est du au fait que le flash est directionnel et que certaines parties d'Alexandre n'ont pas été exposées et n'apparaissent donc pas sur l'image. L'arrière pla apparait car les lumières étaient assez vives pour impacter le capteur, et elles sont floues car j'ai bougé pendant la prise de vue. 



Je vais m'arrêter là pour le moment, si je continue je vais me perdre, donc je risque de te perdre aussi...

Un jour où l'autre je te parlerai de l'effet de l'ouverture sur l'image finale. Ou alors je commencerai par l'effet du réglage de la sensibilité ISO, parce que c'est plus facile...

Fisheye, un magazine face à un lecteur

Le magazine, il s'appelle "Fisheye", le lecteur il s'appelle Batist puisque c'est moi.

Toi qui commence à me connaitre, tu sais que je suis quelqu'un d'exigent, de "relativement" critique, mais quand même capable d'un certain enthousiasme.

Je vais commencer par te décrire un peu le magazine, le mieux étant tout de même d'aller en voir un exemplaire au kiosque mais il est 22h45 et franchement tu as autre chose à faire (si ce n'est pas le cas, attends 22h45 et relis cette phrase).

Au dessus du titre, tu pourras lire : "Le magazine lifestyle de la photographie". Et là, tu commences à espérer : un mag' qui parlerait de photo non pas par le prisme du lobbying des marques et des magasins de matériel, mais par celui de l'analyse et du regard sur la place de la photographie dans notre société.
Trop beau pour être vrai ? Pas sûr...

Trois numéros sont sortis, immédiatement identifiables par la couleur de la couverture : jaune pour le premier, rouge vermillon pour le deuxième. Pour le troisième tu vas voir en kiosque (mais il est 22h46 et tout et tout...), ou alors tu regardes les petites vignettes ci-dessous et tu en déduis que celui qui n'est ni rouge ni jaune est celui que tu pourras acheter dès demain matin.

http://www.fisheyemagazine.fr/

http://www.fisheyemagazine.fr/

http://www.fisheyemagazine.fr/

Tu remarqueras donc que tu as à faire à un graphisme soigné et très défini. Je te rassure, à l'intérieur  c'est pareil : un sommaire très clair, des rubriques facilement identifiables qui regroupent différents articles derrière des termes empruntés à la photographie (révélateur, mise au point, agrandissement, etc...). La mise en page est efficace et les photographies (tu es là pour ça, non ?) sont bien mises en valeur.

Tu l'as compris, c'est joli (en tout cas à mon goût). Mais est-ce que c'est intéressant ? Est-ce que ça te changeras de ces torchons maquettés par des commerciaux de chez adobe, et dirigés par ceux de chez canikon ? Est-ce qu'enfin tu vas avoir droit à un mag qui n'essaiera pas de te faire croire qu'il te FAUT la dernière nouveauté pour faire ennnnfin de bonnes photos ? Un mag qui ne passe pas ton temps à décortiquer du pixel pour que tu ouvres ton chéquier afin d'acquérir ce superbe objectif qui te permettras de compter les poils d'yeux d'une mouche à 300m ?... Peut être bien...

Donc pour en avoir le coeur net, tu lis le sommaire, et la joie s'abat sur toi : IL N'Y A PAS DE TESTS TECHNIQUES (ou très peu, et seulement orientés pratique), et la portion du magazine consacrée au matériel est carrément réduite. Ça commence bien.
Alors tu détailles un peu plus, et tu découvres des reportages de société, d'autres consacrés aux métiers de la photo, aux études, des porte-folios... Ça parle même d'économie et parfois de politique... Toujours au travers du prisme de la photographie.
Ainsi dans le premier numéro tu as eu droit aux déboires d'Olympus, dans le deuxième un dossier sur JR (si tu ne connais pas : http://www.jr-art.net/fr/jr ), dans le troisième un autre sur les femmes photographes au moyen orient. Bien entendu tu as plein d'autres choses dans ces magazines, mais si je m'amuse à recopier trois magazines dans cet article, tu risques de trouver ça long (22h50)... 

Au niveau de l'écriture, tu passeras un bon moment à lire tout ça, le ton est agréable, sans excès de jeunisme et sans consensualité. 
Tu auras en fait l'impression de te retrouver face à un magazine qui ne se cherche pas une identité, et qui a compris que la presse ne doit pas imiter internet mais proposer quelque chose d'autre. D'où, je pense, la mise de côté des aspects "techniques" de la photo. C'est habile et surprenant pour un truc qui n'a que cinq mois.

Donc tu as compris que j'ai commencé par l'enthousiasme ? Parce que oui, il y a quelques points négatifs tout de même.
Le premier : les dossier et articles mentionnés en couverture sont parfois ridiculement courts. Par exemple pour le premier numéro on a eu droit à un accrocheur "Insolite. À70 ans, il sort de l'anonymat.". C'est très bien, sauf que le dossier fait trois page, soit autant que la pub et le publireportage pour une camera grand angle waterproof d'une marque bien connue... Dans le deuxième c'est le "test : vos boitiers aux rayons X." qui est plus court qu'une pub pour un photophone...
J'ai écris "publireportage" ? Bon, j'en profite pour aborder le deuxième point négatif, mais j'imagine que tu sais de quoi je veux parler ? C'est agaçant, long, et ça essaye de te faire croire que tu lis une expérience de voyage d'un grand photographe, alors que c'est une pub pour une carte mémoire ou un smartphone... 
Je sais que c'est la mode, mais je ne vois pas de raison d'apprécier ça, et surtout pas de raison de croire à une quelconque objectivité dans les propos qui y sont tenus. Je sais aussi que la pub est nécessaire à la survie d'un magazine, mais bizarrement ça ne me fait pas l'apprécier beaucoup plus.

Bon, mis à part ça, ça reste quand même un mag' très agréable et qui change vraiment dans l'univers des magazines photo, un mag' qui n'est pas destinés aux technophiles/geeks/pixelspeepers. Tu y découvriras réellement des choses, des artistes, des concepts, et l'univers, au sens large, de la photographie.
Bref, les trois premiers numéros ont été très intéressants, ça augure encore un bon moment pour le quatrième ! Alors maintenant qu'il est 22h54 (à moins que tu lises lentement : à ce sujet il y a un beau reportage sur l'illettrisme dans le numéro 3...), tu vas au lit, et demain matin tu piques un billet de 5 à ta maman pour aller te cultiver, ça te changera de White Dwarf, Entrevue, Newlook, Notre temps et Voici.

Et si tu veux en savoir plus, en voir plus :

Test - Pentax RICOH GR, une nouvelle bestiole dans la famille !

Alors non, je n'ai pas encore fais de retour d'utilisateur sur le nikon P7700 que j'ai acquis il y a bientôt un an, mais j'ai déjà craqué pour un nouvel appareil photo compact...

Et là tu vas me dire : "Mais qu'est-ce que quoi ?", "Pourquoi ?", "Qu'est-ce qui t'arrive ?", "Serais-tu encore plus geek que tu en as l'air ?".
Ce à quoi je répondrai, dans l'ordre : "C'est pas une question.", "J'avais envie.", "Rien de plus.", et "Oui, définitivement oui."


Donc pour développer LA réponse à LA question intéressante que tu m'as posée, à savoir "Pourquoi ?", voilà un premier retour après une semaine d'utilisation.

1/ Qu'est ce que c'est que cet appareil ?

Ben déjà, c'est un compact, qui à l'air d'un jouet et qui tient dans une poche. Mais sa vrai particularité, c'est d'être doté d'une focale fixe équivalente à 28mm F/2.8, et d'un capteur APS-C de 16 Mpix.

Il ressemble à ça :

Il ne paye pas de mine, hein !?

Là, si tu me connais un peu, tu t'écries : "Mais Batist, tu as déjà un 28mm f/2.8, deux zooms qui couvrent cette focale, un réflex APS-C, un autre 24/36, et un compact qui déboite... pourquoi tu avais besoin de ça en plus ?"
Je n'en avais pas besoin, j'en avais envie, c'est pas pareil. Mais maintenant que je l'ai, je peux quand même trouver de bonnes raisons. Voilà la première :

Il ne paye toujours pas de mine, hein !?
Tu commences à comprendre ? À gauche, c'est un d700 (réflex 24/36) muni d'un 28mm f2.8. Le 28mm pèse seulement 40g de moins que le Ricoh... Donc pour la même focale et la même ouverture, je n'ai plus besoin de me trimballer 1200g (28mm+D700), mais seulement 245g. Tu ajoutes à ça que la qualité optique de l'objectif du nouveau est meilleure, et que la qualité d'image du boitier sera proche de ce que fera le D700 dans la plupart des cas (et parfois même un peu meilleure...), et tu commences à te dire que ce n'est pas forcément un mauvais calcul !

Tu vois, que le D700 est un gros lard !


2/ Ok il est discret, il a une bonne qualité d'image, mais à l'usage, ça donne quoi ?

Déjà, quand tu l'allumes, tu remarque que ça va vite : moins d'une seconde pour qu'il soit prêt à bosser... 
Alors maintenant qu'il est allumé, tu te dis que tu vas essayer de faire des photos, et là, groooosssse surprise : la mise au point est super rapide (pour un compact), donc il devient pleinement utilisable dans la plupart des situations. Et dans celles où la mise au point serait encore un peu trop lente, il y a un mode pour la prédéfinir et pouvoir déclencher instantanément...
Ah oui, j'ai oublié de te préciser plus haut : c'est un compact "expert" (pompeux n'est-ce pas ?), ce qui implique un contrôle total sur l'ouverture, la vitesse, la sensibilité iso, si tu en as envie. J'avoue ne pas avoir essayé le mode automatique... Et il permet de shooter au format RAW, jpeg, ou RAW+jpeg, ce qui est plutôt pratique puisque, nouvelle surprise, les jpeg issus directement du boitier sont très bons, au point de se demander s'il ne faut pas réserver le raw pour les cas extrêmes...

En fait, tu as les fonctionnalités d'un réflex, mis à part que tu n'as pas de viseur... Il a même un testeur de profondeur de champ, ce qui est de moins en moins courant, et qui me fait espérer que Ricoh prévoit un autre boitier basé sur le même modèle, mais avec une focale plus longue (avec un 28mm, un testeur de PDC n'est pas souvent primordial, alors qu'avec un 50...).

Au niveau de l'ergonomie maintenant : mis à part le taquet pour sortir le flash, et le testeur de PDC qui sont sur la tranche de l'appareil côté main gauche, tu trouveras l'accès à tous les réglages sous ton pouce et ton index droit. Tu peux shooter en gardant la main gauche dans la poche !

tu vois ce que je veux dire ?
Il y a trois touches et un levier d'ajustement personnalisables, donc si tu leur assignes des fonctions qui te sont utiles, ça t'évitera de trop te perdre dans les menus...
Parce que oui, l'ergonomie des menus est un poil complexe : si elle te permet de presque tout personnaliser, il faut passer des heures à explorer pour tout comprendre, donc je n'ai pas encore tout compris... C'est quand même vite fait de s'énerver en cherchant une fonction qu'on a déjà vu quelque part, sans parvenir à remettre la main dessus...

3/ Maintenant, je veux en voir plus !

Le grand capteur APS-C permet de jouer avec la profondeur de champ.

Les scènes à fort contraste ne sont pas tellement un problème pour ce GR.

Les pixels-peepers iront regarder les aberrations  chromatiques, et je leur dirait que je ne les ai pas du tout corrigées...

Le mode macro permet de jouer, mais il est limité à 10cm de l'objectif, ce qui sera toujours trop pour photographier de la bestiole.

Le rendu des fins détails est impressionnant.

Bon, là j'ai abusé sur le vignettage...

Sans forcer sur le traitement, on peut vraiment avoir du contraste ET du détail.

Bon, ben c'est la voiture du facteur quoi...


Encore des contrastes que le boitier gère fort bien.

...

Si j'avais eu besoin de discrétion pour cette photo, j'aurai pu la faire quand même. Bon, il se trouve que je n'avais pas besoin de discrétion.

A 800 iso, les fichiers sont très propres, il restent utilisables jusqu'à 3200 ISO sans problème, au delà il faudra vraiment bien soigner son exposition et son post-traitement.

J'ai déjà parlé des contrastes ?

Je ne t'ai pas déjà parlé des contrastes ?
4/ Alors il n'a pas de défauts ?
Si, il en a :
-le mode TAV (manuel + ISO auto) qui est sensé nous dégager des soucis d'exposition impose en fait la plus grande vigilance : on ne peut pas limiter la sensibilité ISO, ce qui fait qu'on peut facilement se retrouver à 25 000 ISO, aucune photo ne survit à ça !
-Il n'y a pas de stabilisation : avec un boitier si léger, il est du coup compliqué de faire des photos nettes en dessous de 1/10 sec...
-Le mode vidéo n'est pas customisable, et il n'y a pas de prise micro.
-Il est livré sans chargeur de batterie : on doit brancher l'appareil pour recharger la batterie... 

Mais si je dois peser les pour et les contre je reste très largement dans le positif. Je ne t'ai pas parlé des "effets" applicables aux jpegs, du filtre ND intégré, je ne suis pas entré dans le détail des personnalisations possibles, je n'ai pas parlé du bruit quasi absent au déclenchement, je n'ai pas parlé de la quantité d'infos qu'on peut récupérer dans les tons clairs, de la propreté des tons sombres, de l'aspect non-linéaire du bruit ISO...

Donc pour conclure : j'ai mis mon nikon 28mm AF-D F/2.8 en vente. Mon 28mm, maintenant, c'est ce Ricoh GR.

Voilà !

Très le Mont.

Ce qu'il y a de bien quand tu fais un atelier BD dans une école, c'est que la pause déjeuner dure deux heures, donc tu as le temps d'aller te balader, et quand c'est en haute Savoie, ça ne gâche rien !






Test - Tokina 24mm f/2.8 RMC

Il y a quelques temps j'ai fait l'acquisition pour 20€, de ce "petit grand angle" en monture nikon. 
Je ne l'ai que peu utilisé depuis, et donc, me rappelant que j'avais ce machin qui prenait la poussière j'ai décidé de l'emmener en balade pour voir un peu ce qu'il avait dans le ventre.

Alors d'abord je te parle de la bestiole :



Il est tout petit, plus petit que le 24mm nikkor AF-D f/2.8. 
La construction est métallique, avec un caoutchouc pour la bague de mise au point qui a une course assez longue et fluide. La mise au point, bien entendu est seulement manuelle.


Il y a bien entendu une bague de diaphragme, qui est crantée de f/2.8 à f/16, ce qui est utile car comme c'est un objectif sans micro processeur, le réglage de l'ouverture se fait uniquement par cette bague.
Une échelle de profondeur de champ orne le fut de l'objectif, ce qui peut te permettre de travailler en hyperfocale, ou simplement d'estimer la distance de mise au point avant de cadrer, et d'ajuster celle ci avec l'oeil au viseur.


Le diamètre de filtre est de 52mm, ce qui est pratique pour les filtre : ce sont les moins chers car les plus courants (jusqu'à récemment)

Mon exemplaire est un peu usé, ce qui explique le tarif et il y a du jeu dans le bague d'ouverture. Je ne sais pas si ce jeu est d'origine ou pas, donc tu évites de poser la question.

Maintenant je te parle de l'utilisation, et là, en fonction de ton matos, ça peut se compliquer, j'explique :
Sur les appareils experts et pro, il n'y a pas de soucis, car le module de gestion de l'exposition calculera la vitesse d'obturation en fonction de l'ouverture, tu pourras donc utiliser ce caillou en mode semi automatique facilement.
Par contre sur les boitiers entrée de gamme et amateurs, tu devras gérer l'exposition au feeling, c'est donc du mode tout manuel obligatoire ( de la "vrai" photo comme disent les vieux réacs ).

Pour ma part je dispose des deux types de boitiers, et comme je suis très con, c'est avec un boitier amateur que j'ai décidé de le sortir, un nikon d5100, qui non content de ne pas être assez malin pour gérer l'exposition lui même, est en plus un boitier à capteur APS-C  et va, par effet de recadrage, transformer ce 24mm en l'équivalent d'un 36mm.


Sur un boitier plein format, on en verrait un peu plus à gauche, en bas, à droite et en haut.
Les impressions maintenant :
Une fois habitué au fait de commencer par faire un réglage au feeling, d'observer le résultat sur l'écran de l'appareil, et d'ajuster l'exposition, cette petite optique donne des résultats tout à fait correct.

Tu oublieras donc, sur un appareil sans mesure d'exposition, de faire de la photo sur le vif, à moins d'avoir un très bon pif pour juger de l'éclairement de la scène.

Le piqué est bon dès la pleine ouverture. Celle-ci est donc utilisable sauf en cas de très forts contrastes, car apparaissent alors des franges pourpres qui peuvent être gênantes, mais qui disparaissent lorsque tu fermes d'un diaphragme ou deux. Il fera donc un très bon job en photo de paysage, fermé à f/8 ou f/11.


En photo rapprochée (jusqu'à 27cm), il se débrouille pas mal, avec un Bokeh un peu dur mais doté d'une forte personnalité... Il faut faire avec, certains aimeront, d'autres non.



Les couleurs qu'il délivre me semblent un peu chaudes, un élément à prendre en considération si tu fais du jpeg direct, ou si tu es assez vieux pour faire de l'argentique. Si tu shootes en raw, pas de soucis, ça s'ajuste très bien en post-prod.
Je n'ai pas remarqué de vignettage insurmontable ni sur capteur APS-C, ni sur capteur plein format, ce qui veut dire que s'il existe, il n'est pas suffisant pour me gêner, ça n'engage que moi.

LE gros défaut que je lui trouve, c'est sa grosse sensibilité au flare et autres reflets parasites, si tu n'aimes pas ça, tu éviteras d'avoir une source de lumière forte dans le cadre à moins de vouloir te servir de ce défaut comme d'un outil créatif.
regarde bien le quart supérieur gauche...


En conclusion je dirai que c'est un objectif très contraignant : mise au point manuelle, diaphragme manuel, exposition manuelle, flare, focale fixe... Et donc que c'est un très bon outil créatif car il impose son caractère. Alors si ça ne te fait pas peur et que tu peux mettre la main dessus (moins de 50€ sinon tu te fait arnaquer), fonce tête baissée, ça vaut le coût !