[Test] Sigma DP3 merrill

Ça y'est, j'ai encore craqué.






Il est joli non ? Non, tu as raison ça n'est pas vraiment un top model...

Il s'agit du Sigma DP3 Merrill un appareil "compact" à optique fixe : un 50mm f2.8, équivalent en fait à un 75mm si on rapporte au format 35mm (je suis certain que tu sais déjà ce que ça veut dire...).

La série sigma DP Merrill est composée de trois modèles : DP1, DP2, et DP3. La différence entre ceux-ci étant la focale de leurs objectifs : équivalent 28mm pour le DP1, équivalent 45mm pour le DP2, et je t'ai déjà parlé du DP3.
Ils partagent tout le reste : boitier, batterie, menus, etc...
Si je dois te caractériser les sigma DP, il faut commencer par parler de quelques points qui en font des boitiers vraiment particuliers.

Quand tu le démarres, il commence par te laisser attendre trois secondes avant de te laisser jouer avec, tu vas ensuite cadrer ton image et faire la mise au point. Compte là aussi quelques secondes, si jamais l'autofocus réussit à accrocher. Sinon tu prends encore quelques secondes pour faire une mise au point manuelle (qui est quand à elle plutôt facile à faire grâce à la bague autour de l'objectif). 
Et là, tu décides de faire une photo...
Et douze secondes plus tard, tu as le droit de la regarder... Pendant ces douze secondes tu as le droit de refaire une photo, mais l'appareil sera encore en train d'enregistrer l'image précédente, et les temps de latence pour l'affichage des clichés s'accumuleront, jusqu'à durer 50 secondes si tu as fait une rafale...
Donc tu l'auras compris, ça n'est pas un rapide, tu ne pourras pas mitrailler les galipettes du bichon maltais de tata Ginette. 

Et de toute façon, même avec une réactivité plus importante, ça aurai été compliqué, car la batterie ne tient que pour une soixantaine de clichés (si tu ne passes pas trop de temps dans les menus, ou à admirer tes images sur l'écran...)... Sigma a d'ailleurs le bon goût de livrer deux batteries avec le boitier, mais même comme ça l'autonomie est ridicule !

Ensuite tu charges tes fichiers sur ton ordinateur. Tu as au préalable installé le logiciel "sigma photo pro", qui est le seul à savoir lire les raws des DP merrill. Et qui se fait lui aussi remarquer pour sa lenteur et son ergonomie "particulière... Si tu arrives à traiter 20 fichiers en une heure, c'est que tu es vraiment rapide, et ton ordinateur aussi...

l'interface de sigma photo pro est plutôt sobre


Et tu profites de ce passage sur ton ordi pour remarquer qu'à partir de 800 ISO, la qualité d'image se dégrade de manière dramatique et ne permettra que des conversions en noir et blanc si tu t'es laissé avoir. Même un compact moderne fait mieux à 1250 ISO...

Il fait rêver pour l'instant, non ?

Donc à la question : "Mais pourquoi tu as acheté cette merde ?", je répondrai que je n'ai pas encore tout dit...

Si j'ai besoin d'un équivalent 75mm f2.8 réactif, rapide, précis en autofocus, j'ai mes réflex, ça n'était pas du tout ce que je recherchais avec ce boitier.
Non, la clé est dans la qualité d'images et la précision des couleurs : Sigma a développé pour cette gamme un capteur particulier de 45millions de photosites répartis en trois couches : rouge, vert et bleu. Pour faire simple, sur les capteurs classiques, 45 millions de photosites ça fait 45 millions de pixels. 
Là, non, ça n'en fait que 15. Chaque pixel de l'image a reçu trois informations de couleur : une pour le rouge, une pour le vert, une pour le bleu. Il en résulte un fichier à la qualité d'image assez incroyable, qui fait des merveilles en paysage, en portrait, et dans toutes les conditions qui permettront une utilisation optimale de cet appareil.

Tu ajoutes à ça la qualité de l'objectif, qui est irréprochable : très piqué sur tout le champ dès la pleine ouverture, et tu obtiens l'arme fatale des paysagistes, des adeptes de la nature morte ou des belles textures..
là on peut voir un peu de détail

Si je tai présenté des photos de ce jouet monté sur trépied, ça n'est pas pour rien : c'est là qu'il se retrouvera la plupart du temps, c'est son domaine de prédilection : basse sensibilité et sujet fixe, peu de clichés... C'est vraiment un outil qui impose calme et patience, qui oblige à bien rélféchir son sujet, son cadrage, sa composition et son réglage avant de déclencher. Ce qui finalement est peut être un bon point...

Je te laisse avec quelques images prises avec celui qui a hérité du surnom "le mulet", j'avais déjà "le gros", "le nain", "le gamin" et "le frimeur", on va dire que la famille s'agrandit !












Et un petit résumé de la fiche technique :

SIGMA DP3 merrill :
-capteur foveon 15,3 millions de pixels
-objectif 50mm f2.8 (équivalent 75mm)
-diamètre de filtre 52mm, ça c'est cool parce que ce sont les moins chers.
-100-6400 ISO utilisable jusqu'à 400 iso...
-pas de viseur, pas de prise télécommande. C'est dommage.

Je ne t'ai pas parlé du mode vidéo ? C'est normal, il n'est pas assez intéressant...

Bonne fin de journée !

Mais rentre à la maison et pose cet appareil !

 Je t'avais parlé du ricoh GR, en te disant tout le bien que je pensais de lui.
Si tu es paysagiste, tu as obligation de t'y intéresser : c'est pas parce qu'il est réputé pour la photo de rue qu'il démérite à la campagne, bien au contraire : facile à trimballer, un filtre ND intégré, un piqué de dingue, une dynamique de couleur incroyable. On pourrait croire qu'il a été conçu pour ça...









fin de journée

Salut !

Un jour ensoleillé et tu peux te rendre compte que tu vis dans une p****n de belle région. Ou peut être que t'es pas du coin ? Il faudra passer alors !

Si vraiment tu es jaloux, tu peux ne regarder que les images en noir et blanc, comme ça tu te diras qu'avec un peu de chance en couleur c'est une région tout à fait banale...







Et bonne soirée !

[article] Normal, un retour de lecture...

J'ai un gros soucis avec la photo de nu. 
Non pas que je trouve toutes ces (jolies jeunes) femmes inintéressantes, bien au contraire, mais il y a quelques considérations autour de ce domaine de la photographie qui me laissent toujours un peu pantois.
-Ce sont (presque) toujours des (jeunes) femmes (plutôt jolies) qui servent de modèle. À tel point qu'il est même superflu de préciser "nu féminin", et qu'un nu masculin est devenu un acte polémique, ou un bon coup de pub quand c'est un rugbyman.
-Ce sont (presque) toujours dans des poses langoureuses, avec des regards de braise, que nous sont présentées ces (jolies jeunes) femmes. 

Voir une (jolie jeune) femme nue dans une pose langoureuse ne me dérange pas vraiment. Et c'est peut être là que débute mon problème avec la photo de nu.
Ça n'est pas aux photographes que vais reprocher quoi que ce soit, même si je ne te cache pas que j'en considère certains comme de simples obsédés, et que j'en ai même eu la preuve formelle pour l'un d'entre eux (heureusement peu connu). 

Non, le soucis tient au fait que tu ne peux pas ignorer qu'en faisant un nu (en dessin, en sculpture, en photo...), quand tu vas exposer ton travail, 99% des spectateurs et un pourcentage surement moindre de spectatrices, vont immédiatement penser : "putain, quel cul !" ou bien "merde, on ne voit pas assez ses nichons...". Difficile d'imaginer que tout le monde va profiter de la mise en scène, des efforts de composition, du travail sur la lumière, du traitement de l'image, etc... 

Dès lors, si tu fais du nu, tu sais que tu joues sur le désir, l'envie, parfois même la frustration et que les réactions que tu vas provoquer seront au moins autant hormonales qu'intellectuelles. Se le cacher est une hypocrisie. Alors est-ce qu'il existe des photographes qui n'ont pas cette idée en tête au moment de déclencher ? Certainement. Mais même alors, une image parfaitement artistique pourra tout de même souvent servir de proposition érotique ou pornographique.

Voilà mon problème avec la photo de nu, voilà la raison du fait que je ne la pratique pas, voilà aussi la raison du fait que dans les cours de dessin de nu que je donne, j'insiste très lourdement auprès de mes étudiants pour qu'ils arrivent à ne regarder le corps QUE comme un objet.

Pourquoi je te parle de ça ? Parce qu'il y a quelques jours, j'ai reçu un message très sympa du "rédac chef" d'un magazine consacré au nu, qui me demandais si j'accepterais de parler de son magazine ici. Je ne lui ai pas évoqué ce que j'ai décrit plus haut, et j'ai accepté qu'il me l'envoie, me disant que si vraiment celui-ci était une sombre merde qui ne se lit que d'une main, je ferais l'impasse sur l'article.

Ça n'est pas du tout une sombre merde qui ne se lit que d'une main, alors voilà l'article. 




NORMAL.

Normal est un magazine, un gros magazine : à peu près 250 pages. Une épaisseur qui peut rappeler le catalogue de la redoute. Dedans il y a plein de photos de jolies jeunes femmes nues ou en petites tenues, comme dans le catalogue de la redoute, mais je te rassure tout de suite, la comparaison s'arrête là.

un peu épais, c'est une façon de le dire...
"quand tu fais le tour du propriétaire"
Te parler seulement de l'épaisseur, c'est un tout petit peu réducteur, mais il fallait bien commencer par quelque chose.
Il faut aussi que j'évoque une maquette très sobre, classique, peut-être même un peu rétro; je demanderai à mes élèves graphistes si c'est rétro, néo-classique ou un juste peu classe. Toujours est il que la mise en page est propre, sans aucune fioritures, et fait une place immense aux photographies.
Il y a très peu de texte dans ce numéro : une brève description de chaque photographe présenté, quelques interviews, un édito, la partie la plus littéraire étant celle consacrée à l'agenda.

Une maquette sobre et efficace. Pas besoin de plus !
Donc je crois que je peux te dire que ce magazine est un gros livre d'images.
La qualité du papier est très agréable, et permet à l'ouvrage de bien se tenir malgré son épaisseur. La qualité d'impression est assez... ...impressionnante... Les photographies sont grandes et bien mises en valeur.
En fait, l'objet est conçu avec soin, sans grande originalité, mais ça marche bien.

Si le noir et blanc domine, la couleur n'est cependant pas absente du magazine.
Le seul reproche que tu pourrais faire au sujet de la maquette concerne les photos en double page, qui du fait de la pliure du magazine se retrouvent amputées de toute la partie centrale. Je n'ose pas croire qu'il n'y ait pas une solution simple sur indesign pour régler ça, je demanderai à mes élèves graphistes...
Pour conclure cette description sommaire, je vais quand même te souligner un point remarquable : il n'y a pas une seule publicité tout au long de ces 250 pages ! Bon, tu pourrais me rétorquer que la partie agenda parle d'expositions payantes, mais à part ça, Normal est difficile à attaquer sur ce point !

là par exemple, il manque un bout de photo...
"quand tu commences à t'installer"
Le contenu maintenant : je t'ai dit qu'il y avait des images, beaucoup d'images, et peu de texte, très peu de texte. Mais ça ne décrit pas vraiment le ton d'un magazine. Et après mon introduction que tu as du avoir du mal à lire jusqu'au bout, tu te doutes que je suis particulièrement attentif à ce que va dégager un magazine comme celui-ci.
Donc je commence par l'édito, qui est introduit par cette simple question : "La représentation du nu est elle innocente ?", et qui ensuite évoque en des termes plus diplomates ce que j'ai pu écrire plus haut (dans l'introduction que tu as eu du mal à lire jusqu'au bout) : face au nu, est-on amateur d'art ou obsédé ? Donc c'est très clairement que l'ouvrage se positionne : il n'essaiera pas de te faire croire en l'absence d'érotisme dans le nu, mais va attirer également ton attention sur l'esthétisme, le sens, la lumière et tout ce que tu vas analyser en photographie quand il ne s'agit pas de nu.
Ca ne commence pas mal du tout.

"tu prendras bien un verre ?"
Alors maintenant tu commences à avancer, et tu comprends rapidement pourquoi l'édito prend les devants sur le "sens" du nu.
Premier fait notable : il n'y a que des filles. Deuxième fait notable : il n'y a que des jolies filles. Troisième fait notable : il y a aussi un homme sur une image, mais il a un slip, rassure-toi.
Un bon nombre de clichés ont clairement une visée érotique : poses suggestives, tenues dignes des grandes heures de playboy... Pas de doute, si la photo de nu n'est pas QUE l'érotisme, ça reste AUSSI l'érotisme. Et le CV de certains photographes confirme que la frontière entre les genres est ténue : plusieurs d'entre eux se sont illustrés par leurs collaborations à des magazines de charme et leur travail s'en ressent.

Mais il n'y a évidemment pas que ça dans les pages. Il y a aussi beaucoup d'images réfléchies, composées, dont le sens est enrichi par le nu (ou le presque nu).
Certaines d'entre elles ont même vraiment la classe. Les boulots de Lukas Dvorak, de Andrew Lucas, de Guido Argentini ou encore d'Harmony Nichols ou Aaron Hawks font vraiment sens.
Tu peux profiter, grâce aux porte-folios de bon nombre des artistes présentés (la liste ci dessus étant tout sauf exhaustive !), de ce que peut être la photo de nu quand le projet du photographe va au delà de l'idée de montrer de la chair et de "faire envie". Des histoires sont vraiment racontées par des images techniquement remarquables, aux traitements fins et à la composition implacable. Et même parmi les anciens de playboy dont je te parle plus haut, la priorité n'est pas toujours au charnel, même si la sensualité et l'érotisme viennent servir de valeur ajoutée à de superbes compositions.

Et si cette citation n'était pas innocente dans un magazine de nu ?
Comme devant cette diversité il est difficile de comprendre le "fil rouge" de ce magazine, tu te mets à lire les interviews et le CV des photographes...
Et là, si comme moi tu t'attends à un regard objectif sur chacun d'entre eux, tu pourras ressentir une certaine frustration. À la place tu as droit à une description formatée qui te dira combien monsieur est anti-conformiste, décalé,  impertinent, avant-gardiste, provocateur, combien les noirs et blancs de madame subliment la femme, ou combien la beauté à l'état brut est matérialisé par les formes féminines.
Si tu as été déçu par les CV, tu le seras aussi sûrement par les interviews : très succinctes, celles-ci n'apportent pas grand chose à la compréhension des image.

Je te fais part ici d'une considération toute personnelle et faisant preuve d'une totale subjectivité, car pour qui souhaite simplement découvrir le travail des photographes mentionnés en couverture et avoir une description rapide de leurs univers, tout ira bien, Normal fera parfaitement le job.
Mais ça reste tout de même pour moi le gros point noir de ce magazine : à vouloir ménager les sensibilités des photographes comme des lecteurs, il devient un catalogue d'exposition plus qu'un ouvrage d'art. Et l'impression que les textes auraient pu être écrits par les agents des photographes vient soutenir cette sensation.

Les textes sont assez courts et très (trop ?) consensuels,
ils ne disent que ce que le photographe lui même aurait pu dire.
Normal ne semble pas là pour te parler de photo de nu, mais pour te montrer de la photo de nu. La couverture mentionnant "Le nu, vu par" aurait à mon sens du être raccourci à : "le nu, par". Un détail peut être, mais ça serait un peu plus juste.

"digestif"
Si je me suis bien exprimé et si tu as bien tout compris, tu te doutes que la lecture de Normal me laisse sur un sentiment un peu mitigé.
Je suis conquis par la maquette (à part les doubles pages), par l'aspect un peu "luxe", par la qualité du papier et de l'objet en général, mais je le suis un peu moins par le contenu.
Il est pourtant très bien, ce contenu : les photographies sont de grande qualité, les photographes choisis ont leur place dans les "grands noms". Les textes sont bien écrits, les interview claires et concises.
Mais l'aspect "catalogue d'exposition" dont je te parlais plus haut ne m'a pas convaincu. De même que les quelques photographes qui présentent encore à notre époque le corps de la femme seulement comme objet de désir.
Heureusement que cette impression est pondérée par les travaux magnifiques de certains artistes qui élèvent le débat et laissent entrevoir autre chose dans le nu artistique.

"et si on discutait encore un peu ?"
Il y a tout de même des choses que je ne t'ai pas précisées :
-Le magazine que j'ai pu avoir entre les mains est un numéro 2, et c'est en fait le premier numéro "papier", le 1 ayant été exclusivement numérique. La disponibilité de cet ouvrage en support physique est limité à quelques kiosques et musées parisiens.
-L'équipe qui a créé ce trimestriel est jeune, et composée de seulement cinq personnes, et souhaite par la suite développer des collaborations, faire intervenir des théoriciens, des historiens, etc... Donc je suis optimiste et curieux quand à l'évolution de la partie textuelle sur les prochains numéros !
-L'idée du magazine, des dires même du "rédac chef", c'est de donner une image du nu qui ne soit plus seulement porno ou érotique, en gardant toutefois l'idée de beauté et de sensualité. Le défi n'est pas facile et l'intention louable. J'espère vraiment qu'au fil des numéros ce projet devienne une véritable identité.

"c'est tout ?"
Je dois bien me rendre à l'évidence : Normal est un bon et beau magazine. Il a des imperfections et c'est tant mieux, ça permet de progresser. C'est un très bel objet, très bien fini, et rempli de très belles images.
S'il me laisse un peu perplexe, c'est à cause de ma sensibilité bizarre face à la discipline dont il traite, pas du tout à cause de sa qualité.
Si tu aimes la photo de nu, de mode, la mise en scène photographique, il y a vraiment des choses à voir, fonce, vas-y, fais un emprunt à la banque et trouve le, je ne pense pas que tu pourras regretter l'investissement.
Et même si tu es comme moi, si tu arrives à te concentrer sur les images qui en valent la peine, tu passeras quand même un bon moment.

rassures-toi, il y a la traduction !
Alors est-ce que cette lecture a changé mon regard sur la photo de nu ? Pas du tout. 
Par contre, si certaines photographies présentées me confortent même dans mon idée. La diversité des artistes et les choix éditoriaux me laissent entrevoir qu'il n'y a pas de fatalité. Et qu'en parlant bien de la photo de nu, peut être qu'on arrivera bien à l'interpréter dans certains cas. Ça ne serait déjà pas si mal. 
L'entretien bref par mail avec le "rédac chef" me rend également optimiste, car si ceux qui font la proposition empruntent la bonne voie, celle-ci pourra vraiment évoluer.

Si tu veux en voir un peu plus sur "Normal" :